La Commodity Futures Trading Commission a ouvert une vaste enquête sur Polymarket, la plateforme de marchés de prédiction qui entretient depuis des années une relation compliquée avec les régulateurs américains. L’enquête, confirmée par une source proche du dossier et rapportée par Bloomberg et CNBC, porte à la fois sur les activités commerciales de Polymarket et sur ses opérations sur les réseaux sociaux — un champ qui va bien au-delà de la controverse marketing qui a récemment mis l’entreprise sous les projecteurs.
Summary
Points clés à retenir
- La CFTC a lancé une enquête approfondie et en cours sur les activités commerciales de Polymarket et ses opérations sur les réseaux sociaux, selon des sources proches du dossier.
- Une analyse par le Wall Street Journal de 1 105 vidéos promotionnelles a révélé qu’environ 70 % contenaient des transactions simulées plutôt qu’une activité de marché réelle, générant plus de 140 millions de vues sur TikTok, YouTube et Instagram.
- Les créateurs de contenu auraient été payés de 2 000 à 3 000 dollars par mois via le prestataire marketing Virality et auraient reçu pour consigne de ne pas divulguer ces partenariats.
- Polymarket a interdiction de servir des utilisateurs américains depuis un accord conclu avec la CFTC en 2022, bien qu’elle ait lancé en décembre une plateforme d’échange réglementée aux États‑Unis pour rétablir l’accès domestique.
- Il s’agit de la première grande enquête de la CFTC visant une plateforme de contrats événementiels sous la présidence de Michael Selig, dont le mandat s’est par ailleurs montré favorable aux marchés de prédiction.
Ce que couvre réellement l’enquête de la CFTC sur Polymarket
L’enquête est active et étendue, même si ni la CFTC ni Polymarket n’ont publié de déclaration officielle. Une source proche du dossier a indiqué à CNBC que l’enquête est en cours, sans préciser quand elle a débuté. Bloomberg a par ailleurs rapporté que l’investigation va au‑delà des pratiques de marketing sur les réseaux sociaux de Polymarket pour s’étendre à d’autres parties des opérations de l’entreprise — un détail qui montre que les régulateurs adoptent une vision large de la conduite de la plateforme.
Le calendrier est important. Cette enquête intervient peu de temps après que la CFTC et le département de la Justice américain ont abandonné une précédente enquête sur Polymarket sans poursuites en juillet de l’année dernière. Cette première affaire portait principalement sur la question de savoir si Polymarket permettait indûment à des utilisateurs américains d’accéder à sa plateforme. La nouvelle enquête représente une ligne de contrôle distincte et potentiellement plus lourde de conséquences.
Un régulateur réputé favorable aux marchés de prédiction se tourne vers l’application des règles
Ce qui rend la situation particulièrement notable, c’est la personne qui dirige la CFTC. Le président Michael Selig est généralement considéré comme l’un des régulateurs les plus favorables aux marchés de prédiction dans l’histoire récente de l’agence. Son mandat a été marqué par un soutien actif aux plateformes de contrats événementiels, y compris des batailles juridiques contre des États cherchant à les restreindre. Dans ce contexte, l’ouverture d’une enquête très médiatisée sur la plateforme la plus connue du secteur envoie un signal clair : même une posture réglementaire favorable a ses limites lorsque les pratiques marketing sont mises en cause.
Allégations de pratiques marketing trompeuses
L’enquête fait suite à une enquête du Wall Street Journal décrivant ce que le journal a qualifié de campagne systématique de contenu promotionnel trompeur. Le Journal a examiné 1 105 vidéos publiées entre décembre 2025 et la mi‑mai et a constaté qu’environ 70 % contenaient des transactions simulées plutôt qu’une activité de marché réelle. Polymarket aurait utilisé des versions répliquées de sa plateforme de trading pour mettre en scène de faux paris et des gains fabriqués dans ces vidéos — des transactions qui auraient entraîné des pertes si elles avaient été effectuées sur la plateforme en direct.
L’ampleur financière de la tromperie alléguée est frappante. La campagne aurait mis en avant environ 1,9 million de dollars de faux paris, dont près de 900 000 dollars de gains fabriqués. Ces chiffres ne reflétaient pas des résultats réels — ils étaient construits pour rendre la plateforme plus attrayante et plus rentable aux yeux des utilisateurs potentiels.
Paiements dissimulés aux influenceurs et campagne à 140 millions de vues
La portée promotionnelle était considérable. La société d’analyse Tubular a estimé que les vidéos avaient accumulé plus de 140 millions de vues sur TikTok, YouTube et Instagram. Les créateurs de contenu à l’origine de ces vidéos auraient été payés entre 2 000 et 3 000 dollars par mois via un prestataire marketing appelé Virality. Fait crucial, ils auraient reçu pour consigne de ne pas divulguer le caractère sponsorisé de ce contenu — une violation directe des normes habituelles de transparence dans le marketing d’influence et, potentiellement, des règles fédérales en matière de publicité.
La combinaison de résultats de trading fabriqués et de paiements de sponsoring dissimulés est précisément le type de comportement qui attire l’attention des régulateurs. Pour les utilisateurs attirés par ces vidéos, l’implication est claire : ce qui semblait être des gains authentiques de vrais traders était, dans de nombreux cas, un contenu mis en scène et financé par l’entreprise elle‑même.
La réponse de Polymarket et ses efforts de conformité
La réponse publique de Polymarket est restée mesurée. L’entreprise a indiqué à CNBC qu’elle mène un audit complet de son contenu promotionnel actif afin de garantir sa conformité avec ses propres standards internes ainsi qu’avec les exigences de divulgation réglementaires et légales applicables. Cet audit montre que l’entreprise prend les allégations au sérieux, sans pour autant reconnaître de faute. Toutefois, les détails de la portée de cet audit et de ses conclusions restent inconnus.
De l’interdiction de 2022 à une plateforme réglementée aux États‑Unis
L’historique de Polymarket avec les régulateurs américains apporte un contexte important. L’entreprise a été interdite de servir des utilisateurs américains à la suite d’un accord conclu en 2022 avec la CFTC, après avoir omis de se conformer correctement aux exigences d’enregistrement auprès du régulateur. Malgré cette interdiction, certains utilisateurs américains auraient continué à accéder à la plateforme via des réseaux privés virtuels.
L’entreprise s’efforce activement de réparer cette relation. En décembre, Polymarket a lancé une plateforme d’échange américaine réglementée par la CFTC, spécifiquement conçue pour rétablir un accès légitime pour les utilisateurs domestiques, et elle a levé la liste d’attente pour la plateforme environ six semaines avant que la présente enquête ne soit rendue publique. Le fait que l’enquête émerge si peu de temps après ces démarches vers la conformité réglementaire crée un contraste inconfortable pour l’entreprise.
Un examen politique qui ajoute une nouvelle couche
La pression réglementaire est désormais amplifiée par le Congrès. Les sénateurs Adam Schiff et John Curtis ont envoyé la semaine dernière une lettre au président de la CFTC, Michael Selig, lui demandant de confirmer si l’agence avait ouvert une enquête sur les pratiques publicitaires de Polymarket. Leur lettre demandait également à Selig d’expliquer comment la CFTC a appliqué les restrictions imposées aux utilisateurs américains par l’accord de 2022 — une question qui prend un poids particulier compte tenu des contournements présumés via VPN.
Au‑delà des questions spécifiques à Polymarket, les sénateurs ont soulevé un enjeu plus large : la CFTC dispose‑t‑elle actuellement d’outils de supervision suffisants pour encadrer les marchés de prédiction en général ? Ils ont demandé des précisions sur les standards publicitaires de l’agence, les règles de divulgation pour les influenceurs, les cadres de protection des consommateurs et les exigences de vérification de l’âge. Cette ligne de questionnement suggère que l’enquête pourrait servir de catalyseur à un débat politique plus large sur la manière dont les plateformes de contrats événementiels sont réglementées — et sur la pertinence des cadres existants face à la vitesse et à l’ampleur de la diffusion du marketing sur les réseaux sociaux.
Pour Polymarket, la suite consiste à gérer un défi sur plusieurs fronts : une enquête fédérale active, une interpellation du Congrès, des allégations publiques de marketing trompeur et les enjeux de réputation liés au fait d’être la première grande plateforme examinée de près par un président de la CFTC qui était censé être un allié. La question de savoir si l’audit actuellement mené se traduira par une véritable responsabilisation — ou simplement par une conformité procédurale — pourrait bien déterminer jusqu’où les régulateurs décideront d’aller.
FAQ
Quelle est la portée de l’enquête de la CFTC sur Polymarket ?
L’enquête de la CFTC couvre de manière générale les activités commerciales de Polymarket, y compris ses opérations sur les réseaux sociaux et ses pratiques promotionnelles. Selon Bloomberg, l’investigation va au‑delà de la campagne marketing qui a déclenché les premiers soupçons pour s’étendre à d’autres aspects des opérations de l’entreprise.
De quelles pratiques trompeuses Polymarket est‑elle accusée dans son marketing ?
Polymarket est accusée d’avoir utilisé de fausses vidéos de trading mettant en scène des paris simulés et des gains fabriqués, créés à l’aide de versions répliquées de sa plateforme. Elle est également accusée d’avoir payé des créateurs de contenu entre 2 000 et 3 000 dollars par mois via le prestataire Virality sans leur demander de divulguer le sponsoring — une pratique qui a généré plus de 140 millions de vues sur TikTok, YouTube et Instagram.
Comment Polymarket répond‑elle à l’enquête et aux allégations ?
Polymarket a indiqué à CNBC qu’elle mène un audit complet de son contenu promotionnel actif afin de garantir sa conformité avec les standards de divulgation réglementaires et légaux. L’entreprise n’a pas publié de déclaration officielle répondant directement à l’enquête de la CFTC.
Quels efforts Polymarket a‑t‑elle entrepris pour se conformer à la réglementation américaine ?
À la suite d’un accord conclu en 2022 avec la CFTC interdisant aux utilisateurs américains d’accéder à sa plateforme principale, Polymarket a lancé en décembre une plateforme d’échange américaine réglementée par la CFTC afin de rétablir un accès domestique légitime. La liste d’attente de la plateforme a été levée environ six semaines avant que la présente enquête ne soit rendue publique.
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