La croissance des salaires dans la zone euro ne prive plus les responsables de la Banque centrale européenne de sommeil, et Olli Rehn vient de le dire en des termes très clairs. S’exprimant le 19 août, le gouverneur de la Banque de Finlande et membre du Conseil des gouverneurs de la BCE a livré une évaluation que les décideurs attendaient depuis des années de pouvoir confirmer : les hausses de salaires dans l’ensemble de la zone euro ralentissent sans entraîner l’inflation avec elles.
Summary
Points clés à retenir
- Olli Rehn indique que la croissance des salaires dans la zone euro « est restée modérée » et qu’il n’y a « aucun signe clair d’effets de second tour » sur l’inflation.
- L’indicateur de suivi des salaires de la BCE prévoit une stabilisation de la croissance des salaires négociés autour de 2,6 % en 2026, contre environ 3 % en 2025.
- Les données trimestrielles confirment le ralentissement : les salaires négociés ont augmenté de 2,46 % sur un an au premier trimestre 2026, contre 2,89 % au quatrième trimestre 2025.
- Aucune spirale salaires-prix durable ne s’est installée malgré le choc énergétique déclenché par l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
- Une croissance modérée des salaires réduit la pression sur la BCE pour relever les taux ou les maintenir plus élevés plus longtemps.
Perspectives de la BCE sur une croissance modérée des salaires
Le message d’Olli Rehn se résume ainsi : les salaires augmentent, mais pas d’une manière qui menace la stabilité des prix. Dans un discours préparé prononcé le 19 août, Rehn a déclaré que la croissance des salaires « est restée modérée », sans « signe clair d’effets de second tour ». Dans le langage des banquiers centraux, cela signifie que les hausses de salaires ne se répercutent pas sur les prix à la consommation d’une façon qui obligerait la BCE à agir sur les taux d’intérêt.
Évaluation d’Olli Rehn sur les tendances salariales
Les commentaires de Rehn ont un poids particulier parce qu’ils émanent de quelqu’un qui siège lui-même au Conseil des gouverneurs, l’instance qui décide en dernier ressort du niveau des taux d’intérêt de la BCE. Sa manière de présenter les choses suggère que la banque voit dans la dynamique salariale actuelle un signe que les anticipations d’inflation restent maîtrisées plutôt qu’un signal d’alerte annonçant des difficultés à venir.
Données de l’indicateur de suivi des salaires de la BCE
Les chiffres confirment son analyse. L’indicateur de suivi des salaires de la BCE prévoit que la croissance des salaires négociés dans l’ensemble de la zone euro se stabilise autour de 2,6 % en 2026, un recul significatif par rapport à environ 3 % en 2025. En examinant les chiffres trimestriels, la tendance devient encore plus claire : les salaires négociés ont augmenté de 2,46 % sur un an au premier trimestre 2026, contre 2,89 % au quatrième trimestre 2025. Il s’agit d’un ralentissement régulier, et non d’un simple à-coup ponctuel.
Dynamique de l’inflation et absence de spirale salaires-prix
La raison pour laquelle ces données sont si importantes tient à un mécanisme que les économistes appellent la spirale salaires-prix, que la zone euro a jusqu’ici réussi à éviter. Pour comprendre pourquoi, il faut revenir à ce qui s’est passé après la flambée des prix de l’énergie consécutive à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Comprendre les effets de second tour sur l’inflation
Les effets de second tour décrivent une réaction en chaîne assez intuitive. Les coûts de l’énergie augmentent, les travailleurs réclament des salaires plus élevés pour faire face à leurs factures plus lourdes, les entreprises augmentent leurs prix pour compenser la hausse des coûts salariaux, puis les travailleurs demandent encore plus de salaire. Une fois enclenchée, cette boucle est notoirement difficile à arrêter, et c’est précisément le scénario qui maintient les responsables de la BCE sur le qui-vive depuis 2022, lorsque l’inflation globale dans la zone a atteint des niveaux à deux chiffres.
Impact des chocs sur les prix de l’énergie et réaction des salaires
Ce qui s’est réellement produit s’est avéré plus contenu. Les salaires ont bien augmenté, parfois fortement, mais principalement parce que les travailleurs tentaient de récupérer le pouvoir d’achat qu’ils avaient déjà perdu à cause de l’inflation. Fait crucial, ces hausses ne se sont jamais transformées en une boucle de rétroaction durable poussant l’ensemble des prix à la hausse. Les dernières déclarations de Rehn confirment que ce schéma s’est maintenu, même alors que le choc initial s’est estompé.
Implications pour la politique monétaire de la BCE
Si la croissance des salaires n’alimente pas l’inflation, l’argument en faveur du maintien de taux d’intérêt élevés s’affaiblit. C’est la conclusion pratique que l’on peut tirer des propos de Rehn, et cela marque un véritable changement par rapport à la posture de la BCE en 2022 et 2023, lorsque la banque a relevé ses taux au rythme le plus rapide de son histoire pour combattre la flambée des prix.
Moindre urgence pour des hausses de taux
En l’absence de pressions salariales à la hausse se répercutant sur les prix à la consommation, la BCE a moins de raisons de resserrer davantage sa politique, ou même de maintenir les taux à leurs niveaux actuels plus longtemps que nécessaire. L’évaluation de Rehn, associée à la trajectoire baissière de l’indicateur de suivi des salaires, pointe vers une banque centrale qui perçoit moins de risques inflationnistes en provenance du marché du travail qu’il y a un ou deux ans.
L’importance d’ancrer les anticipations d’inflation
Rehn a pris soin de souligner que le maintien d’anticipations d’inflation bien ancrées est essentiel pour préserver ces tendances salariales modérées. En d’autres termes, le calme dans les négociations salariales n’est pas garanti de lui-même. Il dépend en partie du fait que les ménages et les entreprises continuent de croire que la BCE maintiendra l’inflation proche de sa cible. C’est pourquoi la banque surveille de si près les données sur les salaires, même lorsque les gros titres semblent rassurants.
Les propos de Rehn constituent un élément parmi d’autres dans un débat de politique monétaire en cours, plutôt qu’un verdict définitif. La dernière mise à jour de l’indicateur de suivi des salaires de la BCE, datant de juillet 2026, semble conforter son analyse, mais le véritable test viendra avec les chiffres des salaires négociés du deuxième trimestre 2026. Si ce chiffre prolonge la baisse par rapport aux 2,46 % du premier trimestre, cela renforcera l’idée que la croissance des salaires dans la zone euro s’est durablement installée sur un rythme plus faible et moins inflationniste.
FAQ
Que dit Olli Rehn à propos de la croissance des salaires dans la zone euro ?
Olli Rehn indique que la croissance des salaires est restée modérée, sans signe clair d’effets de second tour sur l’inflation.
Comment la croissance des salaires négociés a-t-elle récemment évolué dans la zone euro ?
La croissance des salaires négociés a reculé d’environ 3 % en 2025 à une prévision de 2,6 % pour 2026, avec une baisse de la croissance trimestrielle de 2,89 % au quatrième trimestre 2025 à 2,46 % au premier trimestre 2026.
Pourquoi les effets de second tour sont-ils importants pour la politique de la BCE ?
Les effets de second tour, ou spirales salaires-prix, peuvent alimenter l’inflation et obliger la BCE à resserrer sa politique monétaire ; leur absence atténue les inquiétudes liées à l’inflation.
Quelles sont les implications d’une croissance modérée des salaires pour les taux d’intérêt de la BCE ?
Puisque la croissance modérée des salaires ne génère pas de pressions inflationnistes, la BCE a moins d’urgence à relever ou à maintenir des taux d’intérêt élevés.
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